Une nuit à Miami par François

“François ?””

Quelqu’un me tape sur l’épaule. “Hein ?? euhhh… oui… j’arrive ….!””Faudra que tu me dises comment tu préfères que je te réveille, à chaque fois tu sursautes !”

“Oui non, c’est très bien comme ça”
Je ne vois pas trop comment il pourrait me réveiller différemment, mais l’intention est gentille.

Je retire mes écouteurs et coupe la musique. Qu’est-ce qu’elle est bonne cette musique, qu’est-ce qu’elle me fait du bien entre les séries, pendant les pauses. Quel bonheur ces petites notes de musique. Et ça se marie parfaitement avec les endorphines ! On plane.
Je me redresse avec difficulté en espérant que les crampes ne me foudroient pas comme la dernière fois. Je prends toutes les précautions du monde pour ne pas que ça arrive. Ca passe, ouf.

En me levant, j’aurais bien aimé croiser le regard de Stéphane pour recevoir un peu de courage mais il est déjà parti. Dans le paddock il y règne un certain calme religieux. Les matelas gonflables forment une zone de repos, les sièges de la camionnettes, démontés, forment un petit salon accueillant et un amas sans forme de matériel reflète la fusion d’une équipe. On y trouve absolument de tout si on prend la peine de chercher. Des gars dorment dans la camionnette. Ben ? Pierre-Yves ? Sam ? Est-ce vous ?
Où sont les autres ? Qui est en train de rouler ? Quelle heure est-il ? Petit moment de stress, la situation s’échappe le temps du sommeil… il faut revenir à la réalité. Reprendre en main ce qu’il se passe.

Qu’est-ce qu’il fait froid !! Le bonnet et la doudoune n’y font pas grand-chose… mes vêtements sont trempés de sueur. J’ai froid et j’aurai encore plus froid quand il faudra mettre le casque, tout enlever pour faire les tours de piste. Bienvenu à Miami à 3 heures du matin pour battre notre record du monde. Qu’ils sont loin les clichés.

Au bord de la piste, Stéphane et Jérôme discutent. J’arrive péniblement à leur côté : “Qui est sur la piste ?”
“Sam !”
“Il fait combien de tours”
“3 tours”
“c’est bientôt à moi ?”
“oui prépare toi !”

La sentence vient de tomber. Il va falloir y aller. Je tente quelques échauffements mais voilà déjà que tout au bout de la piste se pointe un petit point jaune qui se dandine un paddle à la main.
Il faut y aller !! Le bonnet est retiré et le casque encore humide et froid est vissé sur la tête.

J’essaye de me rappeler quelle est ma planche, saisis un paddle et je me positionne sur la piste éclairée. Il n ‘y a pas grand monde sur cette immense piste, on est loin de l’effervescence qui régnait 10 heures plus tôt.
Sam arrive pleine balle avec un grand sourire. Merci Sam !!! ça, ça donne la pèche !! “GO François !!!” me lance-t-il.
Je monte sur la planche avec difficulté, qu’ils sont loin mes standards de performance. Rester humble. Sam me tend la main, je l’accroche et je me retrouve propulsé vers 5 tours de piste.

Je regarde alors au loin. J’oublie que je sais marcher. Je pousse sur ma jambe une fois, deux fois. Pour le moment ça va. Les jambes sont lourdes mais c’est normal. Je souffle, je souffle. Je donne un coup de paddle, puis un autre. Changement de jambe. Celle-là non plus n’est pas bien réveillée. Je double un rider, hagard, qui semble à l’arrêt. Il semble seul au monde, en pleine souffrance. J’ai l’impression qu’il ne me voit même pas. Peut-être dort-il ?

Ca va mieux. La mécanique devient plus fluide. Je regarde le ciel. Les puissants projecteurs ont du mal à cacher la nuit. Elle est noire. Les étoiles se détachent clairement. On voit la lune. C’est chouette. Un tour. Je jette ma doudoune à Stéphane. Deux tour. Trois tour. Finalement on est bien sur cette piste. On découvre de nouveaux bruits. Quatre tour. On s’amuse du vent qui glisse sur les poils qui dépassent entre la chaussette et le lycra, de la sueur qui commence à perler sous le casque. Tiens, vers les stands, Pierre-Yves m’encourage. Allez, on accélère sur le dernier tour !! De loin le groupe solo de tête me semble irréel (Andy, Rick, Kyle, Eric, JJ, etc.). D’où viennent-ils ?

Début de la dernière ligne droite. Toujours pas grand monde. Je passe la ligne d’arrivée. Au loin, un petit point jaune s’active et court dans tous les sens. Bien… on ne m’a pas oublié. Je vois Pierre-Yves qui se positionne sur la piste. A 100m de lui, Je lui lance un “GO Pierre-Yves !!”. Marrant, il ne semble pas très à l’aise. Un peu stressé. Il me tend la main tout en s’élançant. Je la saisi et je le lance de toutes mes forces vers le virage relevé ! et je le regarde partir. Que ce passe-t-il dans sa tête à cet instant-là ? En tout cas, chapeau Pierre-Yves. Tu t’es levé et tu as pris le relai. Je ne t’ai pas dit merci sache que je te dois un sacré service.
Retour au bercail. Stéphane est toujours là, rassurant, un pilier sur lequel on se repose. Il sourit et il a l’air confiant. J’ai fait mon job et j’espère que je l’ai assez bien fait. Je ne pense qu’à aller m’allonger pour récupérer. Manger un peu, discuter rapidement. Qui est en train de dormir ? Comment les autres vont-t-ils ? Et c’est reparti pour un petit somme avec la musique.

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